White Or Wrong

Le jeu de mot n'est pas de moi, il ne vient d'ailleurs pas de chez Libé non plus, puisqu'il s'agit en réalité d'un slogan employé par une firme commercialisant des crêmes blanchissantes à Hong-Kong. Cette affiche a été prise en photo afin d'illustrer un article de Thomas Fuller dans l'édition du 2 mai de l'International Herald Tribune, un article intitulé Glamour at a price in Asia , traduisez : Le prix à payer pour être Glamour en Asie. La lecture de l'article nous éclaire peu à peu sur l'intensité du double-sens que cache ce titre a priori peu accrocheur, tant les affaires de cosmétiques et de chirurgie esthétique sont rentrées dans les moeurs, à l'image de la série américaine Nip/Tuck. Un double sens en vérité aussi cruel qu'étonnant, et cependant si banal.
De la Corée du Sud aux Philippines en passant par la Malaysie et Taïwan, ce sont quatre femmes sur dix qui utilisent des crêmes blanchissantes. Et ce, bien qu'illégales et pour cause, un des principaux agents actifs, l'Hydroquinone, est d'une toxicité telle que l'emploi abusif de ces produits peut causer des dommages épidermiques irréversibles. Dégats qui se traduisent par l'apparition de plaque de peau rose albinos, ou d'un brun très foncé, sur les zones traitées ; ce qui n'est pas sexy. La commercialisation de ces crêmes est un phénomène récent, mais l'on fait déjà état de leurs ravages.
Un ancien du Pentagone, qualifié par une source qui souhaite garder l'anonymat de "loqueux sénile" et de "général Grant raté", a très vité émis la proposition d'utiliser les effets secondaires de l'Hydroquinone à des fins militaires. L'idée était de traiter de manière excessive avec ce type de crêmes des troupes d'élite qui pourraient évoluer ainsi nus, et donc silencieusement, de nuit comme de jour, grâce à un camouflage de type désert propre à leur épiderme et par conséquent aussi efficace que naturel. Le Pentagone s'avisa d'étudier la proposition à des fins d'opérations spéciales au Moyen-Orient, mais très vite il se rétracta. Cependant une autre idée fut émise un peu plus tard, celle d'utiliser des crêmes blanchissantes non toxiques cette fois, pour des combattants qui opéreraient dans des zones arctiques. Le Pentagone ne s'est pas exprimé sur cet autre sujet.
C'est en lisant la presse locale que Pynia Boonchun (voir photo en médaillon), qui ressemble à un caméléon sur un soldat américain nu ayant participé au programme issu de la proposition d'un ancien du Pentagone, que la jeune fille a eu vent de l'information. "Ca ne me fait pas du tout rire" a-t-elle déclaré, avant de se remettre à pleurer.
Au moins Pynia Boonchun n'est pas seule, en effet, elle risque fortement de croiser d'autres femmes qui auraient pu faire carrière dans l'armée américaine. Elles sont malheureusement des milliers en Asie à soufrir des dommages causés par ces crêmes.
Cependant le doute demeure : qu'est-ce qui peut bien pousser ces femmes asiatiques à utiliser des produits blanchissants, alors qu'en Occident on utilise des crêmes pour bronzer? Au passage l'auteur tient à préciser que le contenu de cette question n'est aucunement comique, il n'est donc pas question de rire jaune.
L'article du Herald Tribune nous renseigne sur la question : les sociologues ont longtemps débattus et restent encore divisés sur ce sujet.
En somme, deux écoles s'opposent: l'une explique ce phénomène par une rivalité de classes sociales et une volonté d'affirmer son appartenance à une catégorie plus aisée. Cela est assez simple à comprendre, le monde rural qui passe le plus clair de son temps à l'extérieur est tanné, alors que le monde citadin, associé à un meilleur niveau de vie et à une bonne éducation est bien plus pâle. Ainsi, avoir la peau blanche se traduit par la promesse d'une ascension sociale rapide.
La seconde école met en valeur un complexe d'infériorité à l'égard des magnats d'Asie centrale et des colonisateurs qui ont la peau pâle. Une caractéristique qui s'est imposée comme norme dans le processus de l'attraction physique.
Aucune de ces deux tentatives d'analyse ne permet de saisir le problème dans toute sa dimension. Sans doute la réalité se situe-t'elle entre ces deux théories.
Quoiqu'il en soit "quel bronzage tu as!" est une véritable insulte en Asie.
Mais le problème ne touche pas que l'Asie. En effet, il trouve des déclinaisons en Occident et les sociologues ne parviennent pas à expliquer les efforts entrepris par un individu dans le but d'avoir une peau orange. Les sociologues n'ont pas pu appliquer à l'Occident les théories qu'ils ont émises en ce qui concerne l'Asie, et cette attirance pour l'orange reste un mystère.
Cette situation n'est pas sans poser de problème dans un Etat comme les Pays-Bas, où le phénomène a pris une tournure excessive. Certaines personnes y expriment leur fibre nationaliste à travers un excès d'utilisation de lampes à UV et de fond de teint, ce qui n'est pas sans déplaire à certaines associations représentant des immigrants de seconde génération qui se sentent lésés et aimeraient que chacun dispose des mêmes moyens pour exprimer son appartenance à la nation. "C'est inadmissible, beaucoup parmi nous ont la peau brune ou légèrement basanée, on ne peut pas faire comme les hollandais de souche qui parviennent à se faire orangir la peau. Dans un pays tolérant, cette situation est intolérable" nous dit M. Suharno, le responsable d'une de ces associations.
La situation ne va pas plus loin et français, britanniques ou autres allemands et américains ne sont pas confrontés à ces problèmes. Espérons qu'à terme nous pourrons expliquer rationellement ces phénomènes curieux. Espérons aussi qu'à l'avenir Pynia Boonchun trouve d'autres moyens pour avoir sa photo dans le journal, et en attendant demain, je vous remercie de m'avoir lu.
1 Comments:
Loooooool joli l'humour noir ! joli !
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